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Un témoignage de Michel-Pierre Zurawski pour Généasens

J’ai rencontré la psychanalyse à vingt-deux ans avec Jean-Luc Maxence.

Je sortais d’un drame qui m’avait coupé de l’économie, du champ social. Un drame qui aurait pu me coûter la vie.

Mes parents étaient issus d’une éducation devenue ouvrière à travers l’histoire du vingtième siècle et des deux guerres mondiales.

Quand j’étais enfant, des images télévisées des pays de l’est défilaient, surtout celles du Kremlin et une dimension inconnue captait mon attention. Mon père, aux origines polonaises était déjà, lui, coupé de ses racines.

Je ne l’avais pas encore compris, c’était impossible, quand j’entamais à Paris une analyse intensive. J’ai rencontré de belles personnes avec lesquelles j’ai pu ouvrir ma conscience et laissé un retour du refoulé se dérouler pendant de longues années.

J’avais besoin de comprendre la violence, pour comprendre qui je suis.

J’ai appris à écouter la voix de mon cœur, siège de la conscience, à écouter le dialogue permanent du conscient et de l’inconscient. J’aimais naturellement les arbres, ayant vécu toute mon enfance à l’orée d’une forêt en Lorraine. La psychogénéalogie prit doucement sa place et la quête s’étendit aux non-dits.

Le mur de Berlin s’écroula. Un mur dans mon être en fit autant! Un extraordinaire retour du refoulé me submergea un temps. Dans mes rêves, des souches et des gênes constituaient la poussée de ma force vitale. Je me souviens de cet arbre sorti de terre comme image d’un moi en guérison. Pendant un temps, l’analogie de « dates événements » avec mes aïeux était évidente.

Sans trop de finances ni trop d’informations, j’entrepris, comme un funambule sur le fil de l’intuition et de l’instinct mêlés, de me rendre en Europe centrale sans confort aucun. Je suis arrivé dans le nord-est de la Tchécoslovaquie aux frontières allemandes et polonaise dans la région dite du « triangle noir » en référence aux extractions de charbon. Une conscience nouvelle me reliait avec la maison familiale et le dur labeur de mon père resté dans la cokerie qui l’avait caché de la gestapo quelques décennies plus tôt!

Pour vivre, j’enseignais ma langue maternelle. Je vécu près du camp de concentration de Terezin.

Le destin me demandait d’étudier les idéologies qui menèrent à la destruction guerrière. Mon cerveau n’étant pas assez fort pour traverser durablement les frontières, je fus dans une très grande difficulté pour digérer les informations découvertes. La barrière des langues accentuait une solitude. Paradoxalement, je ressentais être sur le bon chemin. Je fis alors une expérience intérieure qui marquera durablement mon existence et ma foi aux forces du contenu de notre inconscient et au sens de la vie. Je fus plongé dans la culture Yiddish et dans ma conscience pris place la légende du Golem (XVe siècle) laquelle est un symbole puissant de source de vie.

Je suis rentré en France en me sentant un peu mieux chez moi mais toujours troublé dans mon identité. C’est à peu près à cette période que je commençais une formation en psychothérapie qui dura six ans. 

J’avais les moyens de poser les questions adéquates aux anciens de ma famille biologique. Doucement, un arbre prenait forme. En 2002, à la « fin » de mes études et pour fêter mes quarante ans, je suis parti six semaines dans le désert marocain [1]. J’y ai vécu un dépouillement intensif me reliant à la genèse biblique. Suite à ce voyage initiatique, un cœur renouvelé me guida dans les alpes pour travailler dans un foyer d’enfants maltraités, miroir comme étape, avant le grand saut en Pologne.

J’étais assez solide pour découvrir ce que je cherchais depuis l’enfance. C’est ainsi que j’ai retrouvé la souche familiale que mon grand-père avait quitté en 1910. Le contact des corps, les gênes le réclamant, déclencha un enracinement à travers les siècles de la culture, du terreau polonais. Des photos vinrent compléter le puzzle, c’était vraiment beau à vivre. J’ai eu besoin de plus d’une année, en restant en Pologne, pour qu’un équilibre puisse se réaliser. Je ne cessais de me transformer au fur et à mesure du pied de nez réalisé aux deux conflits mondiaux et à l’ignorance de ce je ne finis pas de découvrir!

Plus tard, lors d’une recherche de retour en France, je fis un rêve éveillé sur le divan d’un deuxième psychanalyste freudien, Paul Duponchel, de la Grande Motte. Je retrouvais les éléments du rêve sur le terrain d’une femme allemande de l’est. Là je fus en accord avec la totalité de mon être.

Pour l’anecdote, l’endroit se trouve à cinquante petits kilomètres de l’endroit de ma première tentative.

Je suis rentré en Lorraine, dans la ville quittée il y a maintenant 28 ans. Je me suis assis au pied d’un monument allemand de la première guerre mondiale. J’ai su que le phallus reprenait ses droits.

Quel plus bel exemple pourrais-je espérer ? Depuis, je suis un homme en Paix qui œuvre nouvellement pour une existence nouvelle. Je me fais une joie d’entrer en contact avec mes contemporaines et mes contemporains. 

[1]: Michel-Pierre Zurawski est aussi l’auteur de très beaux textes sur son expérience dans le désert http://labsoludesreves.canalblog.com/